Capital-investissement, et oui l’Afrique aussi !

Ecrit par wediko sur . Publié dans Entreprise, Innovation, Miwablo

Le capital-investissement (ou private equity), procédé par lequel un fonds d’investissement entre au capital d’une entreprise pour plusieurs années avant de revendre sa participation, est aujourd’hui un mode de financement en croissance rapide en Afrique. Il répond à un besoin fort des entreprises africaines, à la fois d’accéder à des capitaux de long terme et de bénéficier d’un accompagnement stratégique. De plus, il séduit des investisseurs en quête de diversification de leur portefeuille et de forts rendements.

Attirés par une rentabilité élevée (plusieurs fonds ont eu une performance supérieure à 25%), un nombre croissant d’investisseurs privés internationaux (notamment américains, arabes ou russes) mais aussi locaux (sud-africains, nigérians et maghrébins), sont aujourd’hui prêts à prendre le relais des bailleurs de fonds publics qui ont initié ce mouvement dans les années 1990. Résultat, les levées de fonds au bénéfice des pays africains en 2007 ont été de 3 milliards de dollars (+22% par rapport à 2006). Fait inimaginable il y a encore quelques années, l’Afrique attire désormais les fonds de capital-investissement dédiés aux marchés émergents (7%) au même titre que l’Amérique latine (8%) ou la Russie (10%) ; l’Asie du sud-est restant la destination n°1 (58%).

Dans un contexte africain souvent difficile, la réussite de chaque entreprise accompagnée, qui vient confirmer le fort potentiel des entrepreneurs locaux, prend valeur d’exemple et de démonstration. Ceci vaut aussi bien pour les plus grandes entreprises que pour des PME. En 1998, Celtel, société de téléphonie mobile fondée par le soudanais Mo Ibrahim, n’était encore qu’une start-up quand plusieurs fonds d’investissement (dont Actis capital, FMO, Blakeney management et Capital group) sont successivement venus la renforcer et l’accompagner dans son développement dans 13 pays. En 2005, 85% du capital a été revendu au koweïti MTC pour 3,4 milliards de dollars. Celtel est désormais présent dans 15 pays, emploie 5 000 personnes et sert 27 millions de clients.

Autre exemple, à l’opposé du spectre des entreprises touchées : la PME CAMED, centrale d’achats de produits pharmaceutiques au Mali, a reçu en 2003 un investissement de 200 000 euros d’Investisseur et Partenaire pour le développement (I&P). Créée quelques années auparavant par un pharmacien malien, venant faire concurrence aux deux centrales préexistantes (filiales de groupes français), la société s’est spécialisée dans l’importation et la distribution de produits génériques. L’intervention d’I&P lui a permis d’investir dans des entrepôts plus grands, de rationaliser ses approvisionnements, d’élargir sa gamme et d’approfondir sa réflexion stratégique. En 2007, la société a ouvert son capital à plusieurs pharmaciens maliens, permettant à I&P de revendre une partie de ses actions avec une plus-value.

Les investissements du private equity stimulent ainsi les économies africaines, par la pérennisation ou la création d’emplois dans les entreprises accompagnées et chez leurs sous-traitants, par la diffusion d’innovations et les transferts de technologies, par l’accès à des réseaux bancaires et de distribution…

L’amélioration du climat des affaires et du cadre juridique, fiscal et administratif pourrait démultiplier les effets vertueux du private equity sur le continent, notamment dans certaines zones encore fortement délaissées (comme l’Afrique de l’Ouest francophone). Ce serait souhaitable car si les fonds de private equity participent, par leurs investissements, à la diversification des économies africaines, ils s’intéressent pour l’essentiel à quelques grands marchés anglophones (Afrique du Sud, Nigeria) ou du Maghreb (Maroc, Égypte, Tunisie). De plus, leur action est pour l’instant concentrée sur certains secteurs phare (télécoms, services financiers, distribution) et sur des entreprises mûres, de taille importante pour l’Afrique (le niveau moyen d’investissement est de 5,6 millions de dollars).

En effet, les prises de participation plus petites (inférieures à 2 millions de dollars), portant sur des entreprises moins matures – donc plus risquées – et nécessitant des frais d’approche élevés par rapport aux montants investis, sont peu attractives. En outre, l’investissement dans des créations d’entreprises (capital-risque au sens strict) reste l’exception, avec seulement 14% des fonds investis. C’est regrettable car le tissu de PME (existantes ou en création) a besoin d’être renforcé, ces dernières ayant un rôle essentiel à jouer pour le développement économique et social du continent. On peut craindre par ailleurs, si la base visée n’est pas élargie, que les fonds disponibles ne deviennent à terme supérieurs aux bons projets d’investissement. Les bailleurs de fonds publics, qui en sont conscients, pourraient y répondre en finançant une partie des frais d’approche des fonds quand ces derniers travaillent avec des PME ou des start-ups, et le coût de l’assistance technique dont elles ont souvent besoin.

Cette tribune a été publiée dans Le Monde, édition du mardi 10 juin 2008. En lien, ci-dessous, l’intégralité du rapport publié par CAPafrique sur le capital-investissement en Afrique.

http://www.capafrique.org/pdf/20080515GeissHajdenbergRenchon.pdf

Par Romain Geiss, Jérémy Hajdenberg et Maïa Renchon

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