OPINION: La France et ses diplômés africains : je t’aime moi non plus

Ecrit par makploga sur . Publié dans Entreprise, Innovation, Miwablo

« Cela fera bientôt deux ans que ma femme et moi réfléchissons à notre départ de la France pour retourner à Cotonou ou dans une capitale africaine. La raison principale de notre déménagement, c’est que nous en avons assez de vivre dans un pays où un tiers de la population active travaille dans la fonction publique. »

C’est ainsi que commence ce texte d’une jeune diplomé africain sur lequel je suis tombé récemment au détour d’un mur Facebook. Ce jeune homme diplomé d’une grande école française, et à qui je pourrais m’identifier, explique simplement en quoi la France ne lui correspond plus et pourquoi il a décidé de plier baggage pour retourner en Afrique.

Bien que je ne partage pas entièrement son opinion et on ses motivations (que je trouve un peu égoistes), je ne peux m’empêcher d’y reconnaitre le dilemme auquel est confronté la quasi-totalité des étrangers diplômés d’universités françaises.

Ces dernières semaines, mon silence ne vous a pas échappé. En effet, je traverse l’une des période de ma vie où je dois faire les choix les plus difficiles. ça va faire bientôt faire 5 ans que j’ai quitté mon Afrique natale et posé mes valises en France, ultra motivé et des rêves plein la tête. Mais aujourd’hui, je dois dire que le résultat est plutôt en dessous des attentes. Rien (ou très peu des choses que j’espérait faire n’ont été faites). Peut-être que je m’y suis mal pris, peut être ai-je fait de mauvais choix? De toute façon, il est trop tard pour avoir des regrets. Malgré mon optimisme, malgré mon ambition, je suis forcé de reconnaitre une chose : ma place n’est pas ici. Ou plutôt, ma place n’est plus ici.

Comme cet autre camarade, j’admire la solidarité à la française qui permet à n’importe qui d’avoir accès aux soins médicaux et à l’éducation, j’admire les valeurs humanistes que partagent bon nombre d’européens, et je suis jaloux de la richesse du patrimoine culturel de la France. Mais en tant qu’étranger, en tant qu’immigré j’aspire à autre chose.

La France n’est pas un pays d’entrepreneurs, la France n’est pas un pays de rêveurs, la France n’est pas un pays où la différence, la nouveauté, l’innovation, sont perçues comme une richesse. J’y ai retrouvé exactement la même reproduction sociale que je pensait fuir en Afrique. Cette société où les élites vivent coupés du reste du monde, cette société où les Grandes Ecoles (j’y ai séjourné) ne servent qu’à perpétuer une espèce de « caste » n’ayant pour seule ambition qu’un emploi de cadre supérieur dans un grand groupe tandis qu’à l’autre extrème, les autres jeunes qui ont raté leur vie n’ont pas eu la chance de faire le duo Prépa+Grande Ecole ne rêvent que de fonction publique et de revendications sociales.

Quand j’étais plus jeune, je rêvais de devenir comme Bill Gates. Mes modèles étaient américains. En arrivant en France, je pensais pouvoir y trouver des modèles à qui m’identifier, des personnes et des idées auxquelles je pouvais m’associer. Force est de constater qu’ils n’existent pas. Du moins, ils ne sont pas nombreux. La France appartient à l’aristocratie et aux énarques, qui eux même perpétuent l’immobilisme dans leurs anciennes colonies africaines. Colonies qui sont aussi indépendantes que je suis asiatique.

Sarkozy avait raison : La France, on l’aime ou on la quitte. Moi, c’est avec un seul regret que je la quitterais : Celui d’avoir raté 5 des plus belles années de ma vie.

 

Source:  http://immigrechoisi.com

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