Opinion : Pourquoi j’ai interdit à mon fils de rentrer au Bénin.

Ecrit par wediko sur . Publié dans Miwablo, Recherche d'empoi

Je m’appelle Edouard. Je préfère taire mon nom de famille de peur de subir les invectives de mes collègues. J’ai 60 ans et je travaille au ministère de l’économie et des finances béninoises. Je touche 450000 fcfa par mois. J’ai 3 enfants dont  deux garçons et une fille. L’ainée de mes garçons François vit actuellement aux États-Unis où il a  fait des études de finances à Columbia University. Pour son départ, j’avais financé son billet d’avion et les premiers mois de son installation. Ensuite, il doit la fin de son étude à une bourse de son école.

Il travaille actuellement depuis novembre 2009 à Goldman Sachs en tant que  « Quant » à New york et touche plus de 20 à 50 fois le salaire de ma femme et moi même réuni. Ce garçon certes intelligent que j’ai,  est malheureusement un enfant têtu et ingrat. Il ne pense qu’à une chose rentrer au Bénin. Le comble de l’ignorance c’est que ce rejeton a failli poser sa démission en juillet 2011.

Tout ce qu’il a apprécié jusque là dans son travail l’ennui ferme aujourd’hui. La petite flamme des débuts a laissé place à un profond manque d’intérêt et d’ambition. Une ambition qui s’est tournée vers le un pays ou aucune banque locale ne peut lui proposer un boulot convenable dans son secteur d’activité. Certes talentueux à 25 ans, et tout juste deux ans d’expérience, ce n’est ni la Société générale du Bénin, ni UBA Bank, ni la Bank of Africa et encore moins Ecobank qui lui proposeront au Bénin de modéliser, de « pricer », ou de concevoir des produits dit structurés ou dérivés (options, warrants, swaps…).

Ce garçon malgré ces diplômes ronflants n’a aucun esprit d’entreprenariat, il est donc incapable de créer la moindre entreprise ici. C’est un petit capricieux a qui on a appris les acarnes des chiffres et de la mathématique financière et qu’il croit suffisants pour changer la terre entière et occuper un poste à responsabilité dans une banque béninoise. Mais j’aimerais bien qu’il comprenne ceci.

Le paradigme du monde professionnel béninois est différent. Il lui sera difficile à 25 ans et deux ans d’expérience à peine d’avoir un poste convenable ou un poste à responsabilité. Qu’il cesse de croire que le Bénin est un terrain de jeu ou toutes les entreprises lui ouvriront les bras sous prétexte qu’il a fait Columbia ou qu’il est un « Goldman » (comme il aime si bien s’identifier). Le Bénin a besoin des personnes mûres, expérimentées et conscientes de la réalité de notre environnement économique.

Aucune entreprise au Bénin ne recherche un Mark Elliot Zuckerberg mais plutôt des individus capables de saisir les enjeux de l’entreprise, d’adapter leur vision du monde et leur intelligence aux spécificités et aux réalités sociologiques et culturelles de notre pays. Je ne vois donc pas encore mon fils dans cette catégorie de personne. Qu’il reste donc soigneusement assis dans sa tour de verre aux États-Unis principalement pour deux raisons : Aucune entreprise ne peut actuellement l’accueillir et parce qu’il n’a encore ni l’expérience, ni la maturité nécessaire pour se battre dans la jungle dans laquelle nous évoluons.

Voilà c’est mon opinion, vous êtes pas obligés d’être en accord avec celui-ci ou de le publier sur votre site.

Merci

Edouard

Anonyme

NB : Comme l’auteur, si vous aviez des opinions divergentes sur ce point, ou vous aviez le désir de partager  vos ressentis, vos réussites, vos craintes sur votre expérience et votre parcours professionnels au Bénin ou ailleurs, n’hésitez pas à nous le faire parvenir à contact@miwablo.com. Miwablo s’engage à les publier gratuitement soit anonymement soit soit sous votre nom selon vos envies et à respecter à la lettre vos écrits.

Participons à l’information, à l’accompagnement pour une insertion professionnelle réussie de nos talents béninois.

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