Opinion : Il faut souffler aux diplômés de la diaspora béninoise l’irresponsabilité qui sommeille en eux

Ecrit par wediko sur . Publié dans Miwablo

Je m’appelle Sessi. Je profite de cette tribune de Miwablo pour m’adresser au béninois de la diaspora.

 Je n’ai pas fait HEC Paris, ni LSE, ni Sorbonne, ni Columbia, MIT ou Stanford et encore moins l’université du Caire. Je suis ni franc-maçon ni rosucritien et je n’ai pas un patronyme important.

Diplômé d’un Bac C avec mention après un échec cuisant en 2003, la France, m’a refusée le visa sans motif particulier en 2004. L’université de Casablanca m’a acceptée la même année mais malheureusement je n’ai pas pu réunir les frais nécessaires à l’inscription. Tous mes proches étaient étrangement devenus pauvres (mais ICC m’a rendu justice).

J’ai ravalé ma fierté, mes ambitions de grandeur et ma rancœur. J’ai rejoins l’ENEAM puis bouclée en cinq an un cursus banque finance. Embauchée ensuite par une banque de la place. Un salaire correct, un appartement correct, une voiture correcte et la première parcelle acquise en 2010 à Calavi. J’ai 27 ans et j’attends un homme correct. Bref je suis une femme, un produit du système béninois. Une ex-recalée du consulat français.

Il paraît que vous êtes les élites du Bénin. Pas faux.  A voir le profil de nos dirigeants, les statistiques confirmeront certainement cette affirmation.

Comme pour justifier une hypocrisie générale, on accuse notre système de corrompu (vrai mais pas plus que dans vos pays de résidence), de malveillant, d’indiscipliné, de base arrière de gris gris ; de jungle. Pour la plupart d’entre vous, le Bénin, CTN comme disent certains est un pays singulier, un parc d’attraction à ciel ouvert, un simple lieu de villégiature pour deux ou trois semaines à peine généralement en juillet août souvent en décembre jamais en mars.

Le reste du temps vous êtes gracieusement payés chaque mois ; vous comblez votre absence auprès de vos parents par Western Union, Money gram et quelque venus de France ou de New York. A la fin, vos statuts de cadre en poche, le Bénin devient définitivement un lointain souvenir car les femmes, enfants et crédits ont pris place.

Pendant ce temps, nous avons cruellement besoin de vos compétences. Contrairement à une idée reçue, le Bénin manque de main-d’œuvre qualifiée. Peu de Bac+5 dans les métiers de pointe sont au chômage (banque finance, informatique, BTP ; ingénierie, agronomie, médecine etc.).

Pour pallier à cette carence, nous embauchons à coup de million des expatriés. Tout mes dirigeants sont français, nigérians très rarement béninois. Certains étudiants ici, le bac en poche, s’inscrivent en sociologie, en philosophie, en communication, en ressources humaines ou autres métiers de l’esprit mais s’étonnent 5 ans après d’être au chômage. L’Etat devient alors le souffre douleur de leur choix hasardeux, sans réel lien avec l’environnement de travail béninois.

Avis donc aux diplômés de la diaspora à qui on interdit de rentrer. Si vous êtes les élites de ce pays, vous avez le devoir d’assumer vos responsabilités avec courage envers le pays qui a fait de vous les cadres sup de ces entreprises du Nasdaq ou du CAC 40.  Je ne vous demanderai pas de sacrifier votre précieuse carrière internationale et vos revenus en kilo euros dollars.  Je ne vous vois pas monter des projets visant à délocaliser les productions industrielles en direction du Bénin mais j’espère que cela se réalise un jour . Les locaux ne sont peut être pas à votre goût assez performants pour effectuer des tâches répétitives… Je doute fort que ceci soit vrai !!! A force de travail, on finit par y arriver car mon voisin de bureau est une lumière. Comment se fait il que vos compétences et votre efficacité légendaire ne vous permettent pas de faire preuve d’un minimum d’inventivité lorsqu’il  s’agit d’agir en direction de votre pays.

A défaut de votre présence ici, les expatriés construiront le pays pour ou contre vous,  je travaillerai pour eux avec mon chagrin idéologique et mon bonheur mensuel (ils me nourrissent après tout),  le FCFA restera ma monnaie et je porterai toujours du Mango. Vive Erevan !!!

Anonyme

(L’auteur a réclamé la protection de son identité. Merci de votre compréhension)

NB : Comme l’auteur, si vous aviez des opinions divergentes sur ce point, ou vous aviez le désir de partager  vos ressentis, vos réussites, vos craintes sur votre expérience et votre parcours professionnels au Bénin ou ailleurs, n’hésitez pas à nous le faire parvenir à contact@miwablo.com. Miwablo s’engage à les publier gratuitement soit anonymement soit soit sous votre nom selon vos envies et à respecter à la lettre vos écrits.

Participons à l’information, à l’accompagnement pour une insertion professionnelle réussie de nos talents béninois.

 

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